Rechercher
  • mariegaellegiran

Confinement : la santé mentale des Français

Mis à jour : il y a 4 jours

encore dégradée par la crise sanitaire qui dure.


AFP/Relaxnews Agence de Presse

Deuxième vague, deuxième confinement: à mesure que la crise sanitaire s'aggrave et que les mauvaises nouvelles s'amoncellent, la santé mentale des Français donnent de nouveaux signes de dégradation, pointent enquêtes et professionnels.


Alors que certains indicateurs s'étaient améliorés entre le début et la fin du premier confinement, on note une nouvelle détérioration récente, explique à l'AFP Enguérand Du Roscoät, responsable de l'unité Santé mentale au sein de la Direction de la prévention et de la promotion de la santé de Santé publique France.

Les dernières données (19-21 octobre) de son enquête EpiCov ont ainsi relevé "une augmentation significative des troubles dépressifs" (tristesse, perte d'intérêt, ralentissement d'activité, perte de plaisir), de cinq points en un mois, à 15,5%.

Les autres indicateurs, "anxiété" (19%) (se sentir tendu, énervé, avoir peur...), "problèmes de sommeil" (64,5%) et "satisfaction de vie actuelle" (79,4%) sont restés à peu près stables.

"Le fait que la crise dure, que l'on a du mal à en voir l'issue joue peut-être davantage sur les troubles dépressifs plutôt que sur les troubles anxieux, qui ont davantage un rôle d'alerte", avance M. Du Roscoät.

Au printemps, "après une semaine de confinement, on avait une très forte prévalence des troubles anxieux, avec environ 27% contre 13,5%" en période habituelle, note-t-il aussi. Même constat pour les troubles dépressifs, avec 20% en début de confinement, deux fois plus qu'en temps normal.

Mais ces deux indicateurs s'étaient améliorés au fur et à mesure du confinement, M. Du Roscoät y voyant vraisemblablement un phénomène "d'habituation". Logiquement, ils avaient continué leur remontée à la levée du confinement mais sans retrouver pour autant leurs niveaux d'avant la crise.

"Tunnel"

Autre indicateur, entre la première semaine de confinement et la première quinzaine de septembre, plus d'un million de boites d'anxiolytiques qu'attendu avaient été délivrées, selon les dernières données officielles disponibles. La consommation de somnifères est restée elle aussi au-delà de la consommation habituelle. Dans les deux cas, ces consommations ont remonté début septembre.


Bien que le confinement soit un peu moins contraignant qu'au printemps (notamment parce les établissements scolaires sont ouverts), le psychiatre Serge Hefez se dit "beaucoup, beaucoup plus inquiet". Le premier confinement a pour beaucoup représenté "une expérience que l'on a partagée en commun, la plupart des gens s'en sont emparés pour en faire quelque chose" et "paradoxalement les liens conjugaux et familiaux ont pu se resserrer", poursuit le médecin.

Mais là, "on se prépare à un tunnel qui n'en finit pas" avec en plus, la dimension sociale et économique "catastrophique", les attentats, qui "accroissent le sentiment d'insécurité" et de "vulnérabilité", dit encore Serge Hefez à l'AFP.

Son confrère Antoine Pelissolo, chef de service à l'hôpital Henri Mondor de Créteil, note aussi une "forme de désespérance" avec un "retour en arrière forcément très mal vécu".

Pour autant, nuance-t-il auprès de l'AFP, "cela ne veut pas dire que l'on va avoir des augmentations des cas dépressifs sévères" dans la population en général.

Comme au printemps, il s'inquiète pour les "populations déjà fragilisées", qui risquent de voir leurs troubles s'aggraver.